LA LANGUE FRANCAISE EN VALLEE D’AOSTE

 

En Vallée d’Aoste, les procès-verbaux officiels de l’Assemblée des États puis du Conseil des Commis sont passés du latin au français dès 1536, soit trois ans avant qu’en France même, l’ordonnance de Villers-Cotterêts impose d’écrire tous les actes publics en « langue maternelle française ». Cependant la langue traditionnelle de la Vallée est le franco-provençal, dans sa variante dialectale valdôtaine.

La Vallée d’Aoste a donc connu une longue mixité linguistique, surtout depuis que le français s’est peu à peu imposé comme norme linguistique au sein d’États de Savoie où elle constituait un passage obligé. Bien que la majeure partie du territoire fût incluse dans le domaine de locution du franco-provençal, le français était, depuis l’édit de Rivoli signé par Emmanuel-Philibert Ier le 22 septembre 1561, la seule langue utilisée pour les actes écrits (lettres, écrits officiels, actes notariés, …) et les sermons.

La vallée du Lys, à la limite du Piémont, est cependant peuplée de descendants d’une population germanophone, les Walser. Les habitants de cette vallée parlent donc un dialecte alémanique semblable au tütsch suisse, dans les communes de Gressoney-Saint-Jean et Gressoney-La-Trinité (où ce dialecte est appelé titsch) et dans la commune d’Issime (où il est appelé töitschu).

Au xxe siècle, la Vallée d’Aoste a perdu peu à peu sa particularité francophone. Au début du siècle, 92 % des Valdôtains se déclaraient de langue maternelle française.

Sous la période fasciste de Benito Mussolini, la région a subi une italianisation à outrance.

C’est après la Seconde Guerre mondiale que la Vallée d’Aoste a obtenu le statut de bilinguisme officiel actuel, où l’italien et le français sont tous deux reconnus comme langues officielles. Il faut connaître le français pour accéder aux emplois publics. Au niveau scolaire, dans l’enseignement des langues, un nombre d’heures égal à celui qui est consacré à l’italien est réservé au français ; cependant toutes les autres matières sont enseignées en italien.

Malgré un régime de large autonomie, la langue française a continué à reculer après la Seconde Guerre mondiale, principalement sous l’action des médias italophones.

Le franco-provençal n’a été reconnu comme langue régionale que dans les années 1990. Une récente loi régionale l’a introduit comme langue d’apprentissage dans les écoles primaires.

En 1998 a été votée une loi régionale reconnaissant la communauté linguistique walser dans les trois communes de Gressoney-La-TrinitéGressoney-Saint-Jean et Issime.

En raison de son affinité linguistique avec la France et la Suisse romande, la Vallée d’Aoste a été caractérisée dans le passé par un important phénomène d’émigration, en particulier vers Paris (la commune de Levallois-Perret, notamment) et vers Genève. Ce flux migratoire, saisonnier au début, acquiert un caractère stable et une entité massive aux années 1920, à la suite de l’installation de l’usine sidérurgique Cogne à Aoste, liée à l’exploitation de mines de Cogne et de La Thuile, et insérée dans le cadre d’« italianisation » forcée de la région voulu par Benito Mussolini. Ce projet, visant à déraciner la langue française et le franco-provençal de la Vallée d’Aoste, prévoyait un flux de travailleurs de l’Italie, notamment de la Vénétie et de la Calabre, ce qui poussa les Valdôtains à quitter leur pays après s’être rendu compte qu’il ne leur appartenait plus.

 

Ce changement a eu des répercussions à long terme : aujourd’hui 4 % de la population d’Aoste est originaire de San Giorgio Morgeto, en Calabre. Inversement, la communauté valdôtaine de Levallois-Perret continue d’affirmer son identité et garde bien vivants les liens avec le pays natal, à travers surtout de nombreuses initiatives organisées par l’administration régionale en collaboration avec ses bureaux de représentation à Paris (la Maison du Val d’Aoste), parmi lesquelles la Rencontre des émigrés (organisée chaque année dans une commune différente de la Vallée d’Aoste) et l’arbre de Noël des émigrés de Levallois-Perret. Durant de longues années, le Maire de Levallois-Perret était un valdôtain, Monsieur Parfait JANS.

En raison de la pause estivale, il n’y aura pas d’article au mois d’Août. Nous nous retrouverons donc en principe le 1er Septembre où nous verrons quelles sont les 74 communes de la Vallée d’Aoste.

 

Patrick GARIN

15 Juillet 2018

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